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encart guide culturel

 

 

Débutés en 2019, avant le confinement, les ateliers d'écriture se sont poursuivis à la rentrée contre vents et marées.

Ils viennent de prendre fin.

Si la crise sanitaire est venue jouer les trouble-fêtes, celle-ci aura également nourri l'inspiration des dix participants.

Leurs textes, sensibles, prenants, surprenants, émouvants, souvent drôles, n'attendent plus que leurs lecteurs.

Bonne lecture !

 

  

Nicole JOUET

 

18h00 : Jean se dit qu’il irait bien en forêt… la GRANDE forêt VIVANTE qu’il avait connue autrefois, il y avait en réalité deux semaines de cela.

« Amanda, tu viens, on va promener Titou ? ». Le dénommé Titou, grosse peluche noire, se lève d’un bond, court arracher la laisse en attente dans sa boîte, et jappe du mieux qu’il peut, de gauche à droite, pour attirer l’attention de son maître.

« J’arrive ! On longe la forêt, comme d’habitude ? »

L’habitude est vite arrivée, pense-t-elle : 1h max, périmètre limité, plus de passé, plus de futur. L’esprit cloisonné sur l’essentiel des choses à faire.

Jean, Amanda et Titou se jettent dehors.

En sortant, ils décident de partir sur la droite cette fois-ci, pour changer !

1mn plus tard, il faut déjà rentrer… : « Nous avons oublié l’attestation ! »

Titou ne comprend rien, « ils sont vraiment devenus bizarres, ces deux-là, ces temps-ci ! ».

Va toujours pour la droite en sortant.

En lisière de forêt, le cerveau de Jean semble se figer. Il supplie Amanda de le suivre derrière la barrière.

« Que t’arrive-t-il ? Tout va bien ? ».

« Non, non rien… j’ai rêvé que la forêt était interdite… on y va ? »

« Arrête ! Ce n’est pas si drôle !».

Il la regarde et pense : « nous sommes vraiment devenus bizarres, ces temps-ci ! ».
Interdite, pas interdite… pfouitt !

Et Jean s’enfonce dans l’allée qui monte entre les arbres, emmené par Titou, fou de joie.

« Attends, il n’y a personne dans la forêt, on n’a pas le droit ! »

Jean accélère le pas, libéré du poids qui entravait ses pensées depuis quelque temps.

« Jean, j’ai peur, les arbres ont changé, on dirait des gens, peut-être le virus est-il caché là-dedans ? Ils auraient des nids dans les feuilles ? Retournons sur le chemin ! »

Pas de répit pour Amanda… Jean et Titou bravent vaillamment l’interdit et s’enfoncent plus silencieusement maintenant, tout à leur plaisir d’écouter les chants, les craquements… Jean a perdu la notion du temps, se retrouve dans sa promenade d’avant, d’après, il ne sait plus.

Bien leur en prit, car là-bas des voix étouffées se font entendre. Prudemment, par mimétisme, Jean opère comme Titou et oriente ses oreilles pour tenter de comprendre.

Tous trois se cachent derrière les ronces et aperçoivent à leur grande surprise des reflets bleus, puis distinguent un petit groupe de personnes au loin, avançant très vite dans les fourrés, de l’autre côté… vers un autre couple de marcheurs… « Non, mais je rêve ! Les gendarmes ! »

L’endroit était ainsi beaucoup plus peuplé que prévu !

Peur, ridicule de la situation, un tourbillon de ressentis les enveloppe, les amuse, les affole. Que faire ? Ne pas bouger, attendre accroupis. Cela ne change guère à vrai dire de leur quotidien. Attendre que quelqu’un ne les délivre du sort maléfique tombé sur ce monde humain…

Et puis, l’ami Titou n’en peut soudain plus et fonce derrière les gendarmes !

« Ps…, reviens, reviens... » chuchotent-ils.

Amanda commence à reprendre ses esprits. Elle tremble de colère et de frustration tout à la fois. Enervement de s’être laissée entraîner. Elle lance son regard noir qui darde sur Jean : « tout cela est dû à ta stupidité ! » Très vite, ses pensées fusent : » il n’y avait pas d’utilité à venir en forêt ! Nous pouvions au moins la goûter des yeux et profiter d’une promenade tranquille ! Elle entrevoit dans un éclair un paradis perdu… mais aussi des souvenirs de liberté perdue…

L’un des membres du groupe de gendarmes se retourne et s’étonne « tiens, mais que fais-tu ici ? Hum hum, une laisse »… Son regard un peu tombant cerne petit à petit l’animal qui s’approche et jappe de contentement qu’on lui adresse la parole. Ses collègues sont déjà en train d’interpeler l’autre couple aperçu en infraction. Il se saisit de Titou et leur demande s’il leur appartient ? Sans aménité, bien entendu.

Tandis qu’à l’arrière, Jean et Amanda pèsent le pour et le contre. Il leur faut faire vite un choix commun : s’avancer et risquer l’amende ou abandonner Titou après tout (momentanément, sans doute) ? Mais dans la tourmente du sens dessus-dessous, le vent de l’absurdité ne les emporte pas, finalement. Non, bien sûr, garder au moins un peu de stabilité, ne pas éclater la famille ! Contrits, ils se dévoilent, accrochés l’un à l’autre et à l’amour de leur chien.

Le temps qu’ils s’approchent du groupe, l’atmosphère a changé. La densité des branches feuillues contraste avec la poétique lumière du soir qui baigne les personnages. Les portables sont sortis. L’un converse, l’autre consulte. Les 5 + 2 sont maintenant réunis, mais dans une chorégraphie avec distanciation…

Pascal et ses deux collègues Rémy et Arnaud ont perdu leur morgue, ne jouent plus leur rôle. Ils échangent des regards lourds de lassitude, puis se mettent d’accord.

Jean et Amanda, de l’appréhension passent à l’incompréhension. Le petit groupe semble paralysé, mais soudain Pascal prend la parole : « nous n’allons pas vous le cacher, le gouvernement est actuellement en train de faire une annonce. La situation s’est encore aggravée et les mesures se durcissent. A partir d’après-demain, lundi, nous serons tous en confinement total pour une durée indéfinie, sans aucune autorisation de sortie, avec livraison des vivres à domicile.»

Oh non ! s’écrient tous les autres, atterrés.

Ils restent là, les bras ballants, ne sachant plus s’ils sont déjà nés ou déjà morts…
Tous sont au même niveau d’incrédulité et de peur et passent des coups de fils. Les trois gendarmes se veulent rassurants. « Demain, les amis, aucun contrôle ne sera fait, vous pourrez profiter d’une journée libre. Pour notre part, nous rentrons vite dans nos familles. Vous pouvez rester dans la forêt autant que vous le souhaitez, si cela vous chante. Nous, nous n’allons pas nous embêter avec ça, nous oublions tout ! »

Le réflexe premier étant de se ruer chez soi et d’appeler tous ses proches, c’est ce qu’ils ne firent pas dans l’immédiat. Sous le choc, ils saluèrent le groupe, reprirent leur promenade. Faire comme si de rien n’était. Parcourir le même chemin que les sangliers fouineurs, les scarabées et des milliers d’autres personnes avant eux. Une espèce de communion mystique dans la pénombre qui naissait.

Amanda se passa la main dans ses cheveux blonds, espérant ainsi effacer toute trace de cauchemar. Elle se réjouissait dorénavant d’avoir accepté la petite transgression. Toujours ça de pris, l’écoeurante routine viendrait bien assez vite.

Ils se tenaient la main, avançant à grandes enjambées comme pour avaler des kms de distance avec cette dure réalité, ne quittant plus des yeux le petit derrière gigotant de Titou.

« Qu’allons-nous faire demain ?», rompit-elle en premier le silence, toujours la plus pragmatique.

« Primo, soyons fous, ne dormons pas cette nuit ! Nous pourrions même rester ici un peu ! »
Et il pensa : « Percevoir, sans autre présence humaine, la vie cachée sous les fougères et derrière les troncs des châtaigniers, écouter les hululements, redécouvrir un monde parallèle, comme lors d’un premier jour d’existence. »

Et elle pensa : « s’asseoir et écouter, ok très bien, on peut expérimenter, mais cela sera déjà au programme bientôt, il ne s’agira que d’une question de décors… » Sa peau claire reflétait à cette heure de la soirée les jeux d’ombres et de lumières traversant l’air encore printanier.

« Secundo, partons par les rues de Paris absorber l’effervescence des foules inquiètes et profitons, profitons, profitons ! »

Ils continuèrent leur errance sans but à plus petits pas, concentrés à la recherche d’un objectif ultime, comme si la vie s’achevait pour toujours le lendemain soir minuit.

Puis, à cheval sur une souche noueuse et grouillante de vie insoupçonnée, ils dessinèrent la liste de leurs envies, pêle-mêle :

Se sauver dans un pays indemne de tous ces soucis
Déambuler sans objectif précis, en toute liberté.
Visite du Musée d’Orsay pour un bain de beauté.
Revoir la mer ?
Profiter d’un restaurant gastronomique et prendre le meilleur menu !
Faire une razzia sur les livres à la Médiathèque !
Prendre un copain de jeux pour Titou
Voir un à un tous leurs proches…

La lune finit par envahir l’univers de son halo irisé qui magnifiait la partie visible de ce monde-ci.

La mousse fraîche tentait d’exhaler toutes ses molécules de bonheur, l’odeur verte et boisée prenant désormais le dessus sur les tons vifs absorbés par l’ombre.

Ils furent cependant brutalement ramenés à la réalité. Leur chien en eut assez de renifler cette même souche d’un bout à l’autre, dans tous les sens. Les messages des labradors, petits roquets et autres avaient tous été lus et relus. Il se mit à courir, son ventre lui commandant de rentrer à la maison ! Ils se dirent qu’ils disposeraient bien d’assez de temps pour la rêverie plus tard… Il y avait tant de choses à faire !

Sur le chemin du retour, les messages se mirent à crépiter dans leur poche, ayant retrouvé le réseau téléphonique. « Il faut absolument que l’on se voie ! », « rappelle-nous », « j’aurais besoin de vous pour faire des courses ! »…

De retour à la maison, où tout semblait comme à l’ordinaire : « Bon, les restos du coin sont déjà complets ce soir et demain… ». Une ligne de la liste est ainsi barrée.

Après tout, ce n’est pas grave. Les croquettes tintent dans la gamelle. Un sandwich se prépare et hop, voici venir l’expédition du siècle.

La virée sur Paris… 

 

 

Solène Ritz

 

Le temps s’est arrêté.

Le flot habituellement incessant des voitures sur l’avenue devant sa porte a fait place à un horizon dégagé. Le vacarme des moteurs s’est tu.

Maggui écoute le silence…étrange…presque pesant.

Elle ne croise personne en se rendant à la boulangerie.

Le doux soleil printanier lui caresse le dos. Quelques feuilles, agitées par la brise, volent sur les trottoirs.

Dans cet instant suspendu, elle pourrait se croire seule survivante d’une apocalypse.

Elle ne sait d’ailleurs pas trop quoi penser de cette catastrophe annoncée. Le calme de la rue n’est pas pour lui déplaire. Mais les courses dans les supermarchés surpeuplés aux rayons quasiment vides l’inquiètent.

Maggui espère que la folie de ses concitoyens qui stockent les pâtes par trentaines de kilo va retomber.

La peur du manque la tenaille. Elle fait de la restriction sur les repas, mais ses filles ne se plaignent pas.

Quant à Roberto, son mari, il regarde en boucle les chaines d’information. Ce bourrage de crâne continu agace Maggui. Elle veut voir le positif de la situation : avoir du temps pour être ensemble, en famille, ne plus courir partout et se recentrer sur l’essentiel.

Elle veut jouir de cette pause, cette sensation que tout s’est arrêté. Et faire abstraction de l’inquiétante incertitude du lendemain.

Le lendemain, justement, c’est jeudi. Jour que Maggui a dédié aux courses hebdomadaires.

Comme à chaque fois, quelle que soit l’heure, le magasin est bondé. « A quoi bon se confiner chez soi, si c’est pour s’entasser dans le supermarché? » pense-t ’elle.

Comme à chaque fois, le rayon des pâtes est vide…. Et il ne lui reste plus qu’un paquet à la maison…

Comme elle déteste devoir se mêler à cette cohue, pour finalement rentrer les mains vides.

Tiens! Deux femmes crient dans le rayon voisin pour le dernier paquet de riz disponible.

Ambiance lourde, suffocante, chargée d’une agressivité latente.

Les cris s’amplifient, des gens prennent part à la dispute « De toute façon, ils veulent nous faire crever la dalle au gouvernement! »

Ça dérape…Des gens partent en courant avec leurs courses…sans payer. Le vigile qui tente de s’interposer se fait agresser. Des casseurs se mêlent à l’agitation générale.

Maggui sort précipitamment. Juste avant que la police n’arrive et n’envoie des bombes lacrymo.

Maggui rentre chez elle en courant, sa voiture ayant été fracassée sur le parking dans le mouvement de panique de la foule. Elle arrive essoufflée à la maison et trouve comme à l’habitude Roberto devant la télé.

Flash Info : Suite à de nombreuses émeutes dans plusieurs supermarchés sur le territoire, le gouvernement a ordonné la fermeture immédiate des enseignes jusqu’à nouvel ordre. Un système de ticket de distribution de denrées par foyer va être prochainement mis en place. En attendant, plus aucun déplacement n’est autorisé. La police effectuera des patrouilles pour s’assurer qu’aucun citoyen n’enfreigne le confinement total.

Votre Président tiendra une allocution ce soir à 20 heures pour préciser les modalités de ce nouveau confinement. En attendant, restez chez vous. Restez chez vous!

Stupeur. Désarroi. Où est la sensation de calme de la veille, le doux soleil printanier, le silence, les feuilles qui volent au vent?

Au calme succède un sentiment d’urgence. Il faut prendre une décision…la bonne décision. Que faire? Confinement total, ça veut dire quoi? Plus le droit de sortir son chien (pauvre Titou, pense Maggui) ? Plus le droit d’aller acheter son pain au coin de la rue? Maggui se pose 1000 questions.

Pour une fois, à 20 heures, Maggui regarde elle aussi la télévision avec son Roberto.

« Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes,

A la crise sanitaire qui nous touche de plein fouet, une crise sociale majeure menace la sécurité de notre pays. C’est pourquoi, mon gouvernement et moi-même avons décidé, face à l’urgence de la situation, la fermeture des enseignes de la grande distribution, ainsi que de tous les commerces de proximité. Car nous ne pouvons tolérer le pillage des denrées et la montée de la violence.

A partir de samedi matin, plus aucun déplacement ne sera autorisé pour l’ensemble de la société civile.

Les fonctionnaires d’état (personnel soignant, police, pompier) logeront sur leur lieu d’activité.

Dès demain, vendredi, des agents municipaux déposeront dans chaque boîte aux lettres un ticket de denrée en fonction de la composition du foyer, connue par le service de recensement.

Ticket vert : personne seule

Ticket bleu : foyer composé de 2 personnes

Ticket violet : foyer composé de 3 personnes

Ticket jaune : foyer composé de 4 personnes

Ticket orange : foyer composé de 5 personnes

Ticket rouge : foyer composé de 6 personnes

Ticket noir : foyer composé de 7 personnes ou plus.

Chaque ticket donnera droit à l’achat d’un certain nombre de denrées de première nécessité. Dans chaque commune, sera affiché le lieu de la distribution ainsi que le jour auquel il faudra venir acheter vos denrées. Les lieux de distribution seront fortement sécurisés avec de nombreux agents de police autorisés à tirer à balle réelle sur quiconque tenterait de semer le désordre.

Toutes les personnes percevant les allocations chômage (totales ou partielles) seront appelées prochainement à participer à la nouvelle organisation étatique. Des nouveaux postes vont ainsi être créés : agents de distribution des denrées, agents de transport pour l’approvisionnement des lieux de distribution, agents de sécurité, agents d’aide au personnel soignant etc

En cas de refus de participer à ces nouveaux postes, les allocations seront supprimées sans délai et sans recours.

Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, c’est pour le bien de tous que nous prenons ces décisions draconiennes. Dans ce contexte de crise sociale et sanitaire sans précédent que nous traversons, il faut des décisions fortes. Nous comptons sur votre entière collaboration pour gagner cette guerre contre l’épidémie qui nous frappe. (…)»

Incrédulité. Comment d’une crise sanitaire somme toute assez maîtrisée, tout a basculé vers une dictature communiste : Étatisation de la distribution des denrées, travail forcé, rémunéré de moitié… Maggui se pince pour être sûre de ne pas rêver. Elle n’écoute plus le flot de paroles du président qui continue. Ni son mari, qui semble lui dire quelque chose. Elle est comme déconnectée du temps présent, absorbée par 1000 autres questions.

Comment nourrir ses trois filles et son ogre de mari? Ne vaudrait-il mieux pas aller dans la maison de famille en Aveyron?

A la campagne, les patrouilles de police seront sûrement moins fréquentes qu’ici, en région parisienne. Et puis, il y a la ferme à 2 kilomètres, pour s’approvisionner en lait, beurre, charcuterie, fromages, farine, oeufs… Maggui se dit qu’elle aurait mieux fait de devenir fermière, comme elle l’a toujours souhaité. Au moins elle aurait pu assurer l’autonomie alimentaire de son foyer…

Là, il n’y a que 3 pissenlits qui poussent dans leur bout de terrain… et c’est bientôt par la racine qu’ils vont les manger, oui!

Elle sent l’angoisse l’envahir. Mais elle ne doit pas craquer devant ses filles. « Demain, on ira faire une promenade dans la forêt. Oui, on a le droit. Juste demain. Je vous aime mes petits anges. »

Elle ne veut plus regarder la télé. Elle ne veut plus parler à Roberto. Elle a si peur. Elle est si triste de ce que l’avenir réserve à ses filles. Elle se sent si impuissante.

Le lendemain, sans un mot, elle emmène ses filles pour une grande balade en forêt avec un pic nique. Elle est prête à payer les 135 euros d’amende si elles se font repérées. Ses filles sont heureuses de cette soudaine et inattendue bouffée d’oxygène! Maggui s’étonne sur le chemin de croiser des gens détendus dans les rues. Elle qui pensait voir une scène de chaos, des gens paniqués.

Elles se rendent ensuite chez un producteur maraîcher dans la plaine qui jouxte la forêt, où Maggui achète une énorme quantité de graines et de plants. Puis elles vont chez le volailler à côté, qui est bien étonné de les voir repartir avec 10 poules vivantes et un coq, payés à prix d’or.

Quand Maggui et ses filles rentrent enfin à la maison dans la soirée, son mari les regarde débarquer avec toute leur cargaison.

- Mais qu’est-ce que tu fous bordel?

- Et bien pour cette dernière journée de liberté, j’ai décidé de sauver notre avenir. Je me prépare, pour pouvoir nous nourrir, dans cette période compliquée qui arrive.

- Mais enfin Maggui! Tu n’as pas regardé jusqu’au bout hier le discours du Président?

- … (silence interloqué)

- Hier soir nous étions le 1er avril! C’était un poisson d’avril! Le président a annoncé la fin du confinement. Plus besoin d’attestation, plus de restriction de sortie. Et même, plus de crise sanitaire! Les chiffres sont formels, le virus est saisonnier, c’est la fin. Il a juste appelé à la prudence pour l’année prochaine…

 

 

Estelle Bakirdjian

 

Elle était allongée sur son lit. Paisible. L'air était doux. Les oiseaux chantaient. C'était le seul bruit audible.

Elle a cliqué sur son PC. “Journal de confinement”. Wajdi Mouawad. Jour 7. Et a écouté. A reconnu les émotions. Elle aimait la voie rassurante qui ouvrait désormais ses journées. A réalisé que ce qui arrêtait le monde la mettait en marche. Elle avait sous la main tout ce qu'elle aimait. Ses trois enfants étaient revenues se blottir dans le minuscule appartement. Il semblait implicitement convenu qu'elle porterait l'inquiétude pour les laisser rêver.

Elle sentait que ce temps suspendu était un temps offert.

Elle se demandait parfois si le fait de ne pas être enfermée ne lui conférait pas un statut à part, une position presque idéale. Le monde était à l'arrêt. Pas elle.

Elle emprunte l'autoroute vide à 8h30. Elle traverse des rues désertes. Les fleurs s'ouvrent. Elle s'arrête - souvent - pour en saisir l'odeur. Travaille. Rentre chez elle. Retrouve ses enfants enfermées. Leur ramène des bouts de vie du dehors. Raconte.

Elle s'est demandé parfois pourquoi la douceur avait pris le pas sur l'angoisse.

Elle a écouté le rythme de son cœur, qui battait moins vite.

A écouté Wajdi Mouawad.

A écouté Eve qui lisait Phèdre à haute voix.

A écouté le chant des oiseaux.

Et a arrêté d'avoir peur.

Elle était allongée sur son lit. Paisible. L'air était doux. Les oiseaux chantaient.

Elle a cliqué sur son PC. Jour 167.

8h30. Elle a emprunté l'autoroute. Les voitures étaient ressorties peu à peu. Elle traversait des rues où des gens masqués se croisaient, prudents.

Les fleurs se fanent. Elle s'arrête, récupère quelques graines pour les planter au printemps prochain. Se projette. A gardé cette belle gymnastique. Travaille. Rentre chez elle. Retrouve ses enfants enfermées. Leur ramène des bouts de vie du dehors. Raconte. La situation qui s'empirait, la peur, l'angoisse, la violence du dehors. Se réjouissait que ses filles soient enfermées avec elle. Ne voyait pas la mélancolie qui s'installait, le désespoir, les balades quotidiennes qui s'étaient réduites puis avait fini par complètement disparaitre. Les rires s'étaient faits de plus en plus rares. Les applaudissements avaient cessé. Les liens avec l'extérieur s'étaient arrêtés, il n'y avait de toutes façons plus d'école au mois d'août. Et la mère ne voulait plus ni télé ni internet. Trop anxiogène.

Eve, la fille ainée, s'est levée un matin très tôt. Depuis un moment les jours se confondaient avec les nuits.

Elle a cliqué sur le PC. A cherché. 11 mai 2020. Dernier jour de confinement. N'a pas compris tout de suite. A fermé les yeux, a refusé de comprendre. Voulait rester dans cette douceur maternelle, dans ce temps où la mère les poussait vers la vie.

Puis a rouvert les yeux.

Elle est allée réveiller la mère. Doucement. Lui a caressé le visage. Lui a dit de ne pas s'inquiéter. Lui a dit qu'il était temps qu'elles sortent maintenant, qu'il ne leur arriverait rien. Qu'elle avait assez porté.

31 août 2020. Sont ressorties.

Se sont demandé si elles avaient besoin d'une attestation.

La chaleur était douce en cette fin de mois d’août. Un vent frais soufflait. Une claque au visage et à l’âme.

C’était la rentrée le lendemain. Elles ont repris la vie qui avait recommencé sans elles. Presque indemnes. La mère semblait juste un peu plus courbée. Mais quelque chose avait arrêté de briller dans ses yeux. Elle avait toujours été discrète, disait toujours oui à tout, souriait. Et pervertissait le truc de l’intérieur. Elle semblait lasse maintenant. Elle avait arrêté de se battre. De rire aussi.

Eve était repartie à Nice où on l’attendait, Rachel avait passé sa soutenance sur « l’impact des mécanismes cytoplasmiques sur la compartimentalisation nucléaire dans les ovocytes de mammifères » et Lila brillait dans sa 4ème water-polo.

Tout avait retrouvé sa place. Les cours d’accordéon de Lila, les matchs de hand de Rachel, la piscine, le ciné le mardi soir…

Ça a commencé dans le Sud-Est. C’est Eve qui les a alertées. Ils ont fermé l’opéra. On ne sait pas encore s’ils vont fermer le théâtre. Il y a des bruits qui courent. Les bruits de couloirs, dans les théâtres, c’est un bruit de tempête.

Et puis c’est tombé comme un couperet, le samedi 3 octobre 2020. Intervention du Président. 20h. « Françaises, Français, mes chers compatriotes…

La France est placée en zone d’alerte maximale. Un reconfinement total aura lieu à partir du lundi 5 octobre 2020. Aucune date de fin n’est encore envisageable. Les Préfets de chaque région reviendront vers chacun d’entre vous afin que personne ne reste isolé. Nous n’avons pas d’autres choix que de surmonter cette épreuve. La France unie, c'est notre meilleur atout dans la période troublée que nous traversons. Nous tiendrons tous ensemble.

Vive la république !

Vive la France ! »

Merde.

Et puis un grand silence. Assourdissant.

Le monde avait encore 24 heures à tourner mais il semblait s’être arrêté à cet instant.

Les filles ont regardé leur mère. Figée. Incapable de prononcer le moindre mot. Elles n’ont pas osé la déranger, pressentant que, peut-être, elle ne reviendrait jamais. Qu’elle n’avait pas eu le temps de se relever, qu’elle n’était pas prête.

Le téléphone a sonné. Isabelle faisait une grande fête avant confinement total. Totale défonce avant totale enfonce.

La mère ne parlait toujours pas. Elle écoutait. Elle a juste dit non.

Non à son frère qui voulait venir la chercher pour dévaliser le supermarché.

Non à Pierre qui voulait faire une balade en bord de mer.

Non à Maria qui voulait sauter en parachute.

Non à Karim qui voulait faire une cure de ciné et de sushis.

Non à Christophe qui voulait baiser une journée entière.

Elle est restée longtemps immobile, sans parler, puis s’est levée dans un mouvement sûr. A pris son téléphone. A appelé Eve. Lui a dit de rassembler ses affaires et de prendre demain un train direction Nevers. Elle viendrait la chercher.

On va aux Fées.

Les Fées, c’est la maison familiale. Perdue dans les bois du Morvan. Une maison de garde-forestier, son grand-père.

Elle avait toujours dit ça. En cas de guerre, vous filez aux Fées.

Elle s’est activée toute la nuit. A rassemblé les affaires. N’a pas oublié l’accordéon, les livres, les DVD, le doudou bleu. A dormi. Un peu.

Avant le lever du soleil, elles ont pris la route.

Il y avait des bouchons. 6h du mat’. Dernière journée de liberté et elle se tapait des bouchons. Elle repensait aux sushis… Dans 15 jours elle aurait envie de tuer pour ça.

Lila était encore toute endormie. Elle frottait ses yeux. Maman pourquoi on va aux Fées ?

« Parce qu’un obus ne tombe jamais deux fois au même endroit ». Et elle s’est mise à rire. Lila et Rachel se sont regardées, amusées, pas vraiment surprise. Suivre le fil des pensées de leur mère revenait parfois à faire un immense jeu de piste.

Et elles ont ri toutes les trois.

Maman… c’est con ton truc sur les obus… Comment il peut savoir le 2ème obus que le 1er est tombé là ?

C’est vrai qu’il est con ce passage sur les obus. Au prochain confinement, il faudra prendre le temps de le réécrire.

 

"CONFINES" 

Sylvie CABIOC’H

 

2020.
La France traverse une crise sans précédent.
Tous les continents sont touchés.

2020.
La Terre se révolte.
Tel un chien infesté de puces, elle se secoue furieusement pour se protéger, se débarrasser de ce parasite qu’est devenu l’homme. Cet homme qui sans vergogne envahit sa surface et attaque partout où il s’installe sa matrice vivante, celle qui abrite le Feu du Monde.

2020.
L’heure est grave.
La plupart des humains refusent de voir la vérité en face et s’obstinent dans leur quête éperdue d’un graal qui n’existe que dans leur imagination assoiffée de pouvoir et d’immortalité.
Et puis, il y a les autres : ceux qui, au fond de leur cœur, savent qu’être en vie sur cette Terre nourricière est une véritable chance pour l’humanité…

  

16 mars 2020, 20h00, Paris, Palais de l’Elysée

ANNONCE OFFICIELLE D’UNE PERIODE DE CONFINEMENT DE 30 JOURS.

Le lendemain, quelque part en Ile de France.

  

  • SYLVIE

« Waouh quel pied !!! « 

Un sentiment de liberté l’envahit soudain.

Sylvie roulait vitres baissées, le ciel était d’un bleu éclatant, le vert des arbres resplendissait sous le soleil : elle laissa échapper un immense cri de joie pure, presque sauvage. Tout son corps vibrait d’une énergie qu’elle n’avait pas ressentie depuis longtemps.

Mince alors, se dit-elle, c’est quand même dingue : elle était la seule voiture sur la route. Pas âme qui vive : genre fin du monde, mais pas macabre hein, plutôt premier jour après l’enlèvement de la population par des extraterrestres. Tout était si calme, si serein.

C’était carrément jouissif d’avoir l’impression de posséder tout cet espace pour soi et uniquement pour soi ! Elle se mit à chanter à tue-tête

Arrivée au centre-ville, elle gara la voiture sur le parking désert et se dirigea vers la pharmacie.

Elle aperçut de loin un jeune homme, écouteurs sur les oreilles, et une dame âgée qui attendaient à l’extérieur se tenant à 3 mètres l’un de l’autre.

« Bonjour ! lança Sylvie,

Bonjour lui répondit la dame

La pharmacie ouvre bientôt ?

Oui à 14h00

Dans 10 mn ? bon ça va ! celle où j’ai mes habitudes se trouve dans la galerie marchande de Carrefour et je n’ai même pas pu approcher tellement il y avait foule ce matin : c’était affolant tous ces gens qui se ruaient dans le magasin comme si on avait annoncé la guerre !

C’est vrai que ce virus ça fait peur, dit la dame timidement

Ça j’ai vu, oui ! depuis midi plus un chat dans la rue : ça fait un drôle d’effet, sourit Sylvie.

Trois personnes étaient arrivées entre-temps, se plaçant bien sagement dans cette file d’attente aérée d’un nouveau genre. Ce surprenant ruban humain sur le trottoir était silencieux, tout juste si les gens osaient se regarder. Les rues alentour restaient vides.

Sylvie, elle, était heureuse : il se passait enfin quelque chose dans le métro-boulot-dodo des Français.

Heureuse et curieuse aussi : comment allions-nous vivre cette obligation de rester calfeutrer chacun chez soi pendant tout un mois ?

 

  • LAURENT

« Oooh, ma tête !!! « 

Une sensation de vertige l’envahit.

Laurent lança un bras hors du lit, attrapa son portable : « 16h00 ! ah la vache »

Il se laissa aller sur le dos, les bras en croix, gémissant de douleur sous les ondes de choc de ce marteau piqueur qui lui vrillait les tempes.

Mais quelle idée aussi, se dit-il, de boire comme un trou juste parce qu’on t’annonce que la tournée des bars c’est fini pour un mois ? Connerie de virus ! J’aurais dû doser. Enfin c’était quand même jouissif cette soirée de presqu’adieu entre potes à chanter à tue-tête…

Son téléphone se mit à sonner

« Hmmm ?

« Super l’accueil dis, merci !

« …

« Toi, tu as encore fait la bringue. Allez bouge-toi, le temps est splendide (on sentait la jeune femme pleine d’entrain)

« Oh Sylvie s’te plaît parle moins fort

« Je parie que tu as oublié ? Hein ? avec tous tes projets en cours, je passe au second plan, que dis-je en Nième plan

« Stoooooop !!! intima Laurent. Ecoute je te rappelle, le temps de me faire un super méga café corsé et de passer sous la douche

« Mais…

« Ciao !

Oh la la les nanas, quelle galère ! Bon c’est vrai que Sylvie, il l’aimait bien : elle n’était pas du genre prise de tête, non vraiment, pour une fille elle était cool. Mais là, non impossible avec ce mal de crâne.

Laurent se mit difficilement debout et entama sa journée… enfin ce qu’il en restait !

 

26 septembre 2020, 20h00, Paris, Palais de l’Elysée

« Françaises, Français, en tant que chef de la nation je me dois de prendre une décision difficile mais nécessaire afin de protéger tous nos concitoyens de cette terrible pandémie qui frappe notre pays. C’est pourquoi j’ai décidé que dès le lundi 28 septembre, 6h00 du matin, chacun devra rester chez soi pour une période illimitée… »

Ils n’écoutent pas la suite. Sylvie et Laurent se regardent stupéfaits. Mais c’est quoi cette annonce, bordel !!! du grand n’importe quoi !!!

Ils viennent juste de se remémorer ce jour d’après l’annonce du premier confinement et en rigolent encore tellement cela semblait un gag. Bon c’est vrai, après, durant les semaines qui ont suivi il a bien fallu se rendre à l’évidence que c’était quand même grave. Mais quoi on avait déconfiné et tout c’était bien passé cet été, pas de quoi fouetter un chat, juste une légère recrudescence de cas positifs. Normal après cette volée de moineaux due aux vacances.

Mais là vraiment, NON !!! Ils sont sous le choc.

Sylvie, plus impulsive, réagit tout de suite avec colère : « Ils nous prennent vraiment pour des cons, des irresponsables. Comme si on faisait n’importe quoi ! Y zavaient qu’à déconfiner moins vite, flûte. Ils servent à quoi tous ces experts !!! »

Laurent se tait, mi soucieux mi pensif. Sylvie le regarde et sent qu’il envisage déjà un plan B… elle le connaît si bien. Bien que toujours énervée, elle attend, confiante…

- Humm tu sais quoi ? avance lentement Laurent.

- Non dis, dis vite ! à quoi tu penses ? bouillonne Sylvie impatiemment

- Tu as 10 mn pour faire tes valises, viens on se tire ! dit Laurent en souriant

- Mais comment ça ? où ça ? qu’est-ce qu’on va faire ? il vaudrait mieux aller défiler, s’enchaîner aux grilles du palais de l’Elysée, entamer une grève de la faim, je sais pas moi mais faire quelque chose : confinés à vie c’est juste pas possible !!!!

- Fais-moi confiance : prépare tes affaires, le strict nécessaire, on part !

Le lendemain, sur un embarcadère breton.

 

  • SYLVIE

« Waouh quel pied !!! « 

Un sentiment de liberté l’envahit soudain.

Sylvie avait roulé toute la nuit, sous la pluie, distinguant à peine la route sous les assauts du vent : elle laissa échapper un grand soupir de soulagement, presque inaudible. Tout son corps était vide, sans énergie : elle n’avait pas ressenti une telle fatigue depuis longtemps.

Mince alors, se dit-elle, c’est quand même dingue : toutes ces voitures qui encombraient les routes, fuyant désespérément les villes vers une destination plus propice, un havre de paix. Une débandade de véhicules : genre fin du monde, plutôt macabre, comme après une attaque d’aliens venus anéantir la population. Tout était si chaotique, si angoissant.

Ça avait été carrément oppressant d’avoir le sentiment d’étouffer avec toute cette panique autour de soi ! Soulagée d’être sortie de cette cohue, elle se mit à chanter à tue-tête.

 

  • LAURENT

« Oooh, ma tête !!! « 

Un épouvantable torticolis lui bloquait le cou.

Laurent se massa vigoureusement la nuque, attrapa son portable : « 5h00 ! ah la vache, enfin libres !!»

Il descendit de voiture, écarta les bras face à la mer, gémissant de bonheur et de soulagement d’être arrivé sans encombre.

Mais quelle idée géniale j’ai eu pour nous sortir de cet enfer, se dit-il ! Connerie de confinement ! Tu ne nous auras pas. Enfin c’était quand même jouissif cette épopée nocturne à chanter à tue-tête pour que Sylvie ne s’endorme pas au volant…

Le bateau les attendait : quitte à rester confinés à vie, autant que ce soit au beau milieu de l’océan. L’odeur des saucisses fumées aux algues leur chatouillaient déjà les narines. En route pour Molène !!!

Une aube en 2080 : le soleil pointe à l’horizon quelque part sur la Terre.

Une douce musique se fait entendre…

Gul ouvre un œil, sourit et s’étire.

Sevgi se tient nu au bout du lit King size avec un méga petit déjeuner à faire pâlir d’envie les meilleurs hôtels des années 20.

- Pour ma Princesse ! murmure-t-il en déposant le plateau sur ses genoux

- Merci mon Troubadour, j’ai dormi comme un loir… c’est toi qui a préparé tout ça ? miam… Gul est ravie, la journée s’annonce magnifiquement

- Savoure ma douce, je t’ai programmé un bain et puis je t’enlève : une navette nous attend. Sois prête, juste toi et ton sourire. Je m’occupe du reste.

Les deux tourtereaux vont enfin pouvoir profiter d’un peu de temps libre. Les derniers jours du tournage ont vraiment été éprouvants. Difficile de se mettre dans la peau des personnages et d’essayer de revivre cette fameuse année 2020. Mais Laurent, le réalisateur, sait de quoi il parle, il y était ! Sa mémoire est encore intacte malgré ses 80 ans et les décors recréés de toutes pièces sont très réalistes. Dingue d’imaginer ce qu’ont dû vivre tous ces gens. Ce qu’il y a de bien avec les films historiques, c’est qu’ils paient grassement : les amoureux vont pouvoir décompresser avant que toute l’équipe ne quitte cette planète déserte et rentre sur Mars.

 

 

Tessa Aunet

 

Ateliers des 12/19/26 Septembre 2020

Thème : Début du confinement Covid-19

Thème : « Souvenirs COVID en faisant entrer la fiction … »

Thème : Imaginez un 3ème volet avec une annonce qui dit que l’on est reparti en confinement total avec une dernière journée de liberté juste avant.

 

Le réveil sonna : 7 H 30 ! Elle eut du mal à s’extirper de son lit, il faut dire que sa nuit fût entrecoupée de moments de réveil où son cerveau prit le pouvoir en la harcelant de pensées angoissantes.

 

« L’arrivée d’une pandémie » …

Mais d’où sort cette saloperie ? mais comment est-ce arrivée ?

 

Elle se surprit à se poser mille et une questions alors qu’elle est elle-même médecin.

Médecin, au-delà du métier, cela reste pour beaucoup d’entre eux, une vocation.

 

En effet, elle eût la surprise d’être contactée il y a quelques temps, pour savoir si elle accepterait de s’inscrire sur une liste de renfort.

 

Ce à quoi elle répondit par l’affirmative sans aucune hésitation.

 

Cà y est nous y sommes, c’est le grand jour !

 

Elle est attendu dans un grand hôpital Parisien, au cœur du monstre :

Le service « Covid-Réanimation »

 

Elle est partagée entre le devoir fondamental de soigner et la curiosité de se confronter à cette figure inconnue appelée Coronavirus.

 

On lui ordonne de se protéger en s’équipant de blouse, surblouse, masque, lunettes, visière, gants, charlotte…

 

Après cette longue préparation, elle se surprends à retrouver ses gestes professionnels même si, ce qu’elle voit n’a rien de commun avec ce qu’elle a connu durant toute sa carrière.

 

Il va falloir tenir durant douze heures d’affilée l’a-t-on prévenu …

 

 

Je me suis toujours interrogée sur le fait que ceux qui épouse le corps médical étaient différents.

Un côté cartésien par leurs études et ce côté pour bon nombre d’entre eux :

« J’aide, Je soigne » …

 

J’ai le souvenir que Fabienne voulait s’engager chez « Médecins sans frontière »

Pour moi, c’était la même implication que le fait de dire oui à la liste de renfort.

 

Contrairement à l’habitude, les couloirs du service sont encombrés de fournitures médicales et de meubles à roulettes qui gênent le passage.

 

On sent une tension palpable, 

Le bruit incessant des respirateurs qui retentissent …

 

C’est à croire qu’elle se trouve là au bon moment ; Elle assiste au réveil d’un patient dont on lui avait dit qu’il ne « reviendrait pas ».

 

Cela la conforte dans la mission qu’elle a choisi.

 

Poussée par la curiosité, elle se met à lire la fiche de celui-ci :

 

Homme, 70 ans, fumeur, aucun problème de santé connue …

Elle pousse sa lecture jusqu’au nom et découvre :

« Jean-Charles de Castelbajac » !

Encore étonnée par sa découverte, elle reste toutefois, discrète.

 

Le malheureux lui fait des signes et lui fait comprendre qu’il veut parler.

 

Elle reste étonnée par la vigueur soudaine de son patient !

Après de longues minutes passées à lui ôter les différents tuyaux qui le reliait à la machine,

L’homme lui murmure :

 

« Vous savez, j’ai fait un sacré voyage ! ...

 

Comment ça ? lui répond Fabienne, tout en restant légèrement en retrait.

                                                                                                        

Mais oui, j’étais tellement bien que je ne voulais pas revenir !

Je me suis retrouvé dans un autre monde où tout était calme, feutré, harmonieux.

Des couleurs magnifiques, j’ai même remarqué un arc-en-ciel !

 

D’abord, j’ai vu défiler toute ma vie ….

Et puis, il y a eu cette voix douce qui m’a parlé, j’ai eu l’impression qu’elle me délivrait un message important.

 

Dans les grandes lignes, voici ce que j’ai retenu :

 

. Que ce virus n’était pas arrivé par hasard …

. Qu’il était destiné à nous faire réfléchir sur l’importance de la vie et de ce

que nous en faisons …

. Que nous allons devoir vivre avec encore au moins une année …

. Que nous verrions changer énormément de choses dans le monde de la

finance, de la politique, la chute des lobbies …

 

Du coup, cela m’a donné envie de revenir !

 

Mon amie Fabienne fût totalement décontenancée par le récit de cet homme.

 

Pour son premier jour dans un service Covid, elle s’en rappellera c’est sûr !

 

De retour chez elle, elle se rendit compte que ce patient l’avait marqué.

Les réflexions de cet homme et ses révélations sur l’avenir proche l’attirait.

 

Elle se dit qu’elle aimerait assister à un remaniement total de la politique et des finances puisque ces deux mondes étaient intimement liés !

Tout mettre par terre et tout reconstruire, c’est cela qui l’interpellait …

 

Elle imaginait déjà les conséquences immédiates de ces bouleversements :

 

Plus de mouvement politique distinct, un grand « melting pot » où l’on mélangerait différentes idées pour s’engager sur des orientations communes et donc constructives.

 

Quant à la finance, l’arrêt complet de l’utilisation de la planche à billets afin de maintenir l’économie de façon artificielle et de ce fait, la fin de toute cette tromperie.

                                                                                                   

Elle s’enhardit à l’idée qu’elle allait peut-être revoir cet homme.

Tout l’attirait chez lui, son expérience de retour à la vie,

Son auto-critique face au message qu’il disait avoir reçu,

Et enfin, son analyse de revenant.

Elle se dit qu’elle avait forcément des choses à apprendre grâce à lui.

 

Elle avait entendu parler au cours de sa carrière de personnes qui avaient vécues une expérience de mort imminente et qui en étaient revenues, évoquant très étrangement, des similitudes dans leurs récits comme la présence d’une lumière au bout d’un tunnel, la rencontre avec des proches défunts, ou le sentiment d’être enveloppé dans un bien-être permanent.

 

Jamais elle n’avait eu l’occasion de rencontrer un sujet comme cela.

 

Elle sut qu’il ne fallait pas laisser passer sa chance.

Une semaine s’écoula, lorsqu’elle fut rappelée pour le même hôpital.

 

Elle se dit qu’il y avait forcément un signe, le même hôpital !

 

Dès son arrivée, elle se dirigea vers la chambre 136 et fut presque soulagée d’y retrouver son patient toujours alité, mais en nettement meilleure forme.

 

La preuve, il l’a reconnu tout de suite.

Il lui prit la main et lui dit :

Vous savez, vous êtes la seule à qui j’ai parlé de mon voyage …

 

Fabienne fût presque émue mais resta professionnelle tout en vérifiant ses constantes.

 

Elle fût définitivement soulagée par l’état satisfaisant de son patient à tel point qu’elle lui dit :

 

Ecoutez Monsieur, votre état de santé n’inspire plus aucune inquiétude, je vais demander confirmation auprès du chef de service, mais pour moi, vous pouvez sortir dès demain.

 

La joie se lisait tout à coup sur le visage de cet homme marqué par l’épreuve,                                                                                 

 

Il dit à Fabienne :

 

Ecoutez docteur, je suis si content d’en être sorti même si c’était écrit !

 

Je n’oublierai jamais ce que j’ai vécu pendant mon séjour au sein de votre service ;

Si vous le permettez, lorsque toute cette agitation sera calmée, j’aimerai beaucoup vous revoir afin d’échanger ensemble de ce qui m’est arrivé

au-delà de la médecine classique.

 

Et avant que Fabienne eu le temps de lui répondre,

Il lui glissa sa carte de visite dans la main en lui disant droit dans les yeux :

 

Je serai curieux de recueillir votre avis car vous êtes si différente des autres médecins !

 

Pour tout vous dire, je savais que je ferai une rencontre atypique et j’ai la conviction que la voix douce que j’ai entendu était la vôtre.

 

3ème volet :

 

Une nouvelle annonce du Chef de l’Etat vint perturber un peu plus le rythme de travail incessant vécu tout au long de ces dernières semaines :

Suite à une remontée en flèche de cas COVID, reconfinement total pour une période indéterminée !

 

Je réalise tout à coup, qu’il ne me reste plus qu’une journée de totale liberté !

 

Je suis partagée entre faire des choses très raisonnables comme :

- Les courses pour « tenir » un bon moment, mais c’est devenu le parcours

   du combattant !

- S’oxygéner en forêt avec mes chiens afin d’y prendre un dernier plaisir

   avant l’enfermement,

- Ou prendre ma voiture et rouler sans but précis, pour aller où bon me

   semble.

 

Pour une fois, je choisis la dernière option : Prendre la voiture …

 

Je me retrouve au volant de ma décapotable, les cheveux au vent, ce qui me donne l’impression d’être bien vivante et choisis la direction de la NORMANDIE pour voir la mer !

                                                                                                           

Nous sommes le petit matin, le soleil est au rendez-vous.

Pour une fois, je n’ai pas eu de mal à me lever.

 

Les choses semblent se dérouler naturellement avec plaisir.

Etonnement, il n’y a pas grand monde sur la route, me voilà déjà arrivée.

 

Mes narines se gonflent à l’approche de la mer, mes yeux se fixent sur l’écume des vagues.

Je reste là, immobile à contempler ce merveilleux tableau sans pouvoir bouger durant de longues minutes.

 

Et puis je me retourne et me dirige vers « les planches » lieu mythique où

je passais mes vacances l’été avec mes grands-parents.

 

Mon passage devant la marchande de gaufres et de crêpes m’arrache une larme que je ne peux contenir.

 

Cette merveilleuse odeur de pâte qui chauffe dans le gaufrier ; le sucre glace qui s’envole sur le visage au moindre vent !

Que de bons souvenirs …

 

Mes pas me portent vers un restaurant de fruits de mer.

Je me surprends à m’arrêter, pour lire la carte ; Les prix sont exorbitants

Ce n’est pas raisonnable !

Et puis si, j’entre et commande un plateau rien que pour moi !

J’ai cette soudaine envie de me faire plaisir de ne penser qu’à moi, de m’autoriser !

 

La salle est presque vide, ce qui rend le fait d’être seule moins pénible.

 

Le serveur est aux petits soins …

Que ces artifices sont agréables parfois !

 

Et si c’était le dernier jour de ma vie que ferais-je ?!

Ce que je suis en train de vivre, ou tout autre chose ?

Je ne sais quoi répondre à cette pensée qui m’arrive tout à coup.

 

Je ne me lasse pas de marcher le long de ces fameuses « planches » qui vont de Deauville à Trouville.

 

Je retrouve mes souvenirs d’enfance et cela m’apporte la joie et l’apaisement que j’étais finalement venue chercher.

 

 

"Monsieur Zein", François Quiviger

 

Le garage.

Le garage était pour François autre chose qu’un vieil hangar aux murs de briques des années 60. Celui-ci, le premier ouvert sur la commune de Ouat était planté au croisement de la route du bourg et de celle de Goulvan.

Sur le fronton était inscrit « Beauséjour ». Les parents Bretons de François de langue Bretonne préféraient qu’on utilise ce nom pour désigner le quartier de « Troeliou» » Beauséjour » sonnait certes mieux à l’oreille des Français que nous sommes.

Le garage. Le garage était un endroit magique ou Monsieur Zein semblait réfléchir beaucoup avant de réparer.

Mr Zein réparait avec des gestes assurés différents types de machines, des tracteurs, des voitures de tourisme mais aussi et surtout des machines agricoles.

Il n’y avait pas beaucoup de places dans ce premier garage (plus tard, celui-ci devint un dépôt de pièces et fut ouvert un garage plus grand tout à côté puis un troisième qui les remplaçât à « La Gare ».

Dans ce 1er garage à Ouat , les clients devaient ils sans doute se déplacer doucement pour ne pas heurter çà et là, un grand bidon d’huile, un établi, un poste de travail pourvu de machine outils, un meuble plein de tournevis, clefs, boites de boulons…

François pense se rappeler que devant Mr Zein attentionné par son travail, on comprenait naturellement qu’il fallait savoir être calme avant que le « Patron » arrive vous demander ce qui se passait

Car on ne brusquait pas Mr Zein. On sentait l’importance qu’il donnait à chacun de ses gestes de mécanicien et d’instinct on savait attendre qu’il lève les yeux sur vous, marque un temps de pose puis vienne en disant juste « Alors ? » Et on expliquait le problème.

Cela fait, Mr Zein semblait plonger dans une sorte de réflexion sur l’aspect mécanique des choses, on sentait qu’il voulait analyser chacun des mots de votre explication pour trouver plus rapidement la cause de la panne avant de toucher à quoique ce soit.

Le client alors, tel un patient avait l’impression que le soin, la réparation étaient déjà délivrés et repartait content.

Monsieur Zein. Mr Zein faisait il 1m, 75 ? En tous cas, de corpulence moyenne était bien fait et certainement devait il plaire à la gente féminine mais surtout à son épouse Suzanne. Des yeux bleus, une petite moustache brune bien taillée, des traits réguliers. Et de temps à autre, un sorte d’attitude British dans son type d'humour , pas d’éclats de rires bruyants mais une petite phrase fort à propos, accompagnée d’un sourire et regard appuyé mais discret et toujours bienveillant à l’égard de ses clients

Mr Zein a réparé toutes les voitures de la famille , à chacune son époque ; la Peugeot 203 sans doute, la 404 Turquoise à la pédale d’accélérateur si caractéristique, la Renault 12 dont   la couleur caca d’oie était au fond reposante, la 2 Chevaux bleu vert dont le carter recevait sans férir de l’huile de vidange du Garage Zein et qui servait une deuxième fois jusqu’à devenir noire, la Renault 4 beige « de luxe » à 3 vitesses et à la large vitre arrière carrée, puis la Renault 18, couleur inox , la Fiat rouge 127 de François financée par son père Alain (10 000 Francs de l’époque en 1979), la R21 verte de François, et enfin la Twingo de la mère de François ;

François reçu un vélo blanc de ses parents qui lui permit de parcourir tous les chemins et routes de «Ouat » sa commune, la plage aussi de « Rekemmi » et les côtes du « Bourg », du « oupot » ou il appréciât de poids plume battre la plupart de ses copains ; Pour faire tout cela, il fallait un vélo en état ; parfois, celui-ci crevait, déraillait. Ce vélo dut participer de ses 1ers rencontres avec Mr Derrien. Un jour François recevant de sa sœur vers ses 14 ans le solex noir type 3800 se mit en tête de démonter les écrous noirs du cylindre moteur pour y voir l’intérieur ! Le premier boulon cassa net dès les premiers tours de clef ; penaud, François alla voir Mr Zein qui lui apprit qu’il aurait fallu qu’il démonte avec une « clef dynamométrique » Mot savant que François se sentant grandit s’empressa avec fierté d’apprendre à ses copains.

Mr Zein parfois semblait rester sans mot dire vous fixer de ses yeux bleus, non pour vous impressionner mais comme pour communiquer avec vous par le regard. Le père de François, un homme un peu introverti lui aussi faisait parfois de même, François était donc habitué à cette sorte de communication visuelle bienveillante, instants privilégiés dépassant parfois la parole.

Je suis persuadé que Mr Zein travaillait avec beaucoup de plaisir. Sans doute, au-delà de la réparation elle-même, ce qui lui primait c’était la recherche puis la trouvaille de la solution technique ; C’était au fond un intellectuel que ce mécanicien hors pair qui s’il réparait les automobiles du village pour gagner sa vie se lança vite dans la réparation des machines agricoles puis leur conception et fabrication ! Qu’il vendit peut être, (ou probablement) sur la région avec succès. François croit se rappeler de quelques machines-outils de précision (de mémoire, environ) d’1m,50m L x 0,50l x 1,20 h aux bords métalliques arrondis d’aspects très lourdes et massives. François se rappelle que Mr Zein avait fabriqué un train d’atterrissage pour avion de Tourisme à la demande d’un client qui n’était pas revenu prendre livraison de la pièce.

Mr Zein fumait devait (de mémoire) fumer quelques blondes. Un jour, son briquet chutant sur la dalle en béton du garage lui projeta la molette dans l’œil, on en parla à la maison en espérant le peu de gravité

Mr Zein …Mr Zein fut l’artisan de la liberté que toujours François   vénéra (ce qui dut participer plus tard à sa liberté de parole, de ton et de pensée; Sans lui, vélos, solex, vélomoteur devenaient un jour parce que cassés des blocs d’acier inutiles. Roulant, car réparés, ils promenèrent François sur la commune puis au-delà.

Mr Zein , vous avez participé à ma liberté.

Vous avez fait partie de mon adolescence aussi.

Voici pour vous et votre famille ce petit texte que j’ai écrit pour vous rendre hommage.

Vous restez dans ma mémoire.

 

QF 23 mai 2020

 

 

 

Arlette Petit

 

La journée commençait comme toutes les autres, Pierre se réveillait tranquillement après une bonne nuit de sommeil, Il était content bien au chaud dans son lit douillé, De sa chambre il sentait la bonne odeur du café qu'avait préparé sa femme Chantal,  Il s'étira et pensa qu'il était temps de se lever,

Il était content d'être à la retraite et en bonne santé, Il avait pleins de projets avec sa femme Chantal,

Ils avaient décidé de passer 15 jours dans un bungalow dans les Pyrénées Orientales à Formiguères près de Font Romeu,

Ca y est top départ le voilà debout !il se déplace vers la cuisine où il retrouve Chantal,

- Eh Pierre, tu sais quoi « ils » viennent d'annoncer un re-confinement illimité,

- Ah bon dit Pierre, t'es sûre ?

- Oui, oui

- Chut, écoute y a le flash info,

- Oh mrd t'as raison, t'avais bien compris,,,

Ils se chamaillent toujours sur la compréhension de ce qu'ils entendent !

Oh ben notre projet de vacances tombe à l'eau dit Pierre,

Bon t'inquiète, il nous reste une journée de liberté pour faire tout ce qu'on a envie de faire,

- Ok, je vais appeler, Laétitia (c'est leur fille aînée) elle a toujours de bonnes idées,

- Oui Laétitia t'as entendu l'annonce, plus qu'une journée de liberté avant le reconfinement, T'as une idée ?

- Et si on allait à Veules les Roses ? Vous connaissez ?

- Non,

- C'est en Normandie à 2 heures de Taverny et c'est super joli,

- Je m'occupe de tout dit Laétitia,

- Moi je vais appeler ton frère et ta sœur, Ce sera génial une journée tous réunis

Passés tous les détails d'intendance, ça y est les voilà tous sur la plage de Veules les Roses,

Ils avaient annoncé  du mauvais temps à la météo, Mais non, il fait un super soleil, L'espace et la mer sont devant eux, La plage est ceinte de jolis digues de pierres sombres, derrière eux une belle colline toute verdoyante, Tout le monde prend des photos, Chacun a amené son pique nique et ils partagent tous leurs mets,

Catherine la benjamine de la famille est arrivée plus tard avec Stéphane son compagnon et leur petit Théo tout heureux de découvrir la mer et d'être parmi nous, Elle avait fait la fête le soir et s'était réveillée plus tard dans la matinée, peu importe elle était là,

Dans l'espace d'une journée, avant ce confinement illimité, ils avaient décidé tous ensemble de se retrouver dans ce bel endroit,

Telle une baudruche, le temps va s'étendre et s'étirer au maximum et il n'y aura plus de notion « temps »,

Si l'on se situe au niveau de l'insecte une journée c'est énorme c'est toute une vie,

Alors, ils profitent de cette belle journée, ils sont heureux et demain sera un autre jour 

 

 

Les mots gris, les humeurs

Tantôt gaie, tantôt triste, la musique déraisonne sur le fil des humeurs,

Le diapason donne la mesure, mais la mesure n'est pas,

Verre à moitié vide ou verre à moitié plein, Entre les deux qui choisir ? Le résultat est le même,

Le délire du vers ?

Ver à soie ? Ou vers l'autre ?

Envers et contre tous ou l'envers du décor,

Passe les heures, passe le temps, le temps de tout puis le temps de rien,

Passe ta vie, passe la vie à d'autres,

Tour de passe-passe, Ainsi va la vie,

 

 

La mémoire de l'eau

L'enfant prenait son bain, L'eau coulait du robinet, Elle observait l'enfant qui tendait ses bras, ouvrait ses mains pour attraper l'eau, mais l'eau fuyait entre ses doigts et cet exercice plaisait beaucoup à l'enfant,

L'adulte, tout à coup se rendit compte que l'enfant cherchait à comprendre ce phénomène, L'adulte dit à l'enfant : l'eau court et file entre tes doigts, tu ne pourras pas l'attraper, L'eau est libre,

A l'intérieur de cette salle de bain, à l'intérieur de cette ville, Paris, un petit enfant découvrait le miracle de l'élément « eau »,

Et tout à coup l'adulte devint l'eau,

Elle était fluide, souple, elle épousait toutes les formes des éléments qu'elle rencontrait, Elle pouvait être à la fois homme ou femme, Elle s'enfuit vers la bouche d'évacuation de la baignoire et descendit des canalisations sans fin, les égouts de la ville, Elle était rapide et avide de liberté, elle voulait retrouver la mer,

Durant son périple, des souvenirs montaient en elle, Celui de sa fille enfant, Elles voyageaient toutes les deux en train, une dame se trouvait assise en face d'elles, elle buvait une bouteille d'eau d'Evian, A cette époque, on pouvait regarder sur les chaînes de télévision une  publicité vantant les mérites de boire l'eau d'Evian, On voyait alors une femme buvant  cette eau et tout à coup son visage se transformait, se déformait pour passer enfin à un visage détendu et radieux « les bienfaits de l'eau d'Evian », La transformation semblait aux yeux de l'enfant douloureuse, sa petite fille attendait  inquiète et dit « elle va se transformer quand la dame ? »

L'eau continuait sa course effrénée, elle remontait le temps et se retrouvait en Méditerranée , elle bordait les côtes d'Afrique du Nord où elle avait passée son enfance, Enfant, elle adorait nager et passait des heures dans l'eau avec ses amis d'alors ,

Souvenirs encore plus anciens, elle était avec sa maman, dans un endroit frais et arboré, à l'abri du chaud soleil africain, Sous les arbres se trouvait une fontaine, Sa maman lui montrait comme il était agréable de laisser l'eau ruisseler sur ses pieds,

Soudain, elle revint à sa vie «  d'eau » jourd'hui,

- Aller, dit-elle à l'enfant, il est temps de sortir du bain, Elle le sécha, et le serra affectueusement contre elle et lui dit «  grâce à toi et à ton observation j'ai vécu le miracle du voyage de l'eau,

 

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